Pêches de Paris sur toutes les grandes tables d'europe à partir du XVII siècle, tout un savoir des siècles passés

Qui aurait cru que qu'au XVIII siècle des pèches étaient produites à Paris et envoyées sur les plus grandes tables d'Europe? ... Encore tout un savoir faire qui a disparu, alors que les résultats purement incroyables étaient là avec des techniques simples, écologiques utilisant des ressources naturelles locales: le gypse dont on fait le plâtre.

Historique

Si les premiers murs à pêches sont construits au début du XVIIè siècle, ils sont d'abord circonscrits au "vieux Montreuil". Après la Révolution, la fin des privilèges seigneuriaux de chasse et de circulation permettent à ce système de prendre de l'ampleur. Il gagne peu à peu l'ensemble du plateau où l'ancienne seigneurie religieuse de Saint-Antoine est vendue comme bien national. Les clos appartiennent aux horticulteurs du centre-ville qui s'étendent ainsi au-delà de leur jardin et qui se font aider dans ces cultures par des ouvriers agricoles venus pour l'essentiel de Bourgogne.

Les horticulteurs et arboriculteurs de Montreuil ont légué à la ville sa structure parcellaire en la recouvrant presque entièrement de murs agricoles, à partir du XVIIe siècle, pour couvrir en 1907 près de 300 hectares sur les 900 que compte la ville. À cette époque, la ville était encore largement agricole puisque plus de 700 hectares y étaient consacrés à l’agriculture, dont la production fruitière était la production phare.
Le savoir-faire des « Montreuil » (qui cultivaient aussi à Bagnolet, Fontenay et Rosny) a fait connaître leurs fruits sur les plus grandes tables d’Europe et a permis la création de nouvelles variétés de pêches, de fraises et de cerises. Ils ont aussi élaboré des techniques arboricoles encore utilisées ou redécouvertes aujourd’hui. Les « Montreuil » ont su tirer partie de leur environnement : leur positionnement géographique proche des marchés parisiens, les carrières de gypse de Montreuil qui ont fourni le plâtre pour réchauffer et protéger leurs fruits à l’abri des murs, l’utilisation du moindre espace pour compenser par l’imagination le peu de surface disponible. Les fruits étaient palissés le long des murs et en partie centrale de parcelle laissant ainsi de l’espace pour la production de fleurs de coupe, de plantes médicinales ou de petit maraîchage au sol. La Société régionale d’horticulture de Montreuil transmet le savoir-faire des horticulteurs montreuillois.

Technique: la captation solaire

Le savoir faire résidait aussi dans les constructions durables, ces clos qui permettait de stocker la chaleur et de palisser contre les pêchers 

Les murs sont édifiés à l'aide de matériaux recueillis sur place, le banc de gypse qui constitue le sous-sol montreuillois ayant fourni le plâtre nécessaire, les pierres étant trouvées en creusant le sol même. Les fondations ont environ 0, 50 m de largeur et 0, 60 m de profondeur. On y place de grosses pierres, les vides étant comblés par de la terre, sans liaison de mortier. Les murs ont une largeur variant de 0, 45 m à 0, 55 m à la base et 0, 30 m environ au sommet. Leur hauteur moyenne est de 2, 70 m. En général, ils sont construits par sections alternées de 1 m, tout en pierre et plâtre, et de 2 m, en terre battue, boue, et pierre maintenues par une "chaîne" de plâtre étalée horizontalement tous les 0, 80m de hauteur, soit 3 chaînes superposées. Les murs sont couverts d'un chaperon en plâtre formant faîtière avec une saillie de 15 à 18 cm qui abrite les arbres et les fruits des intempéries. Le mur est crépi de plâtre, et le grand nombre de clous nécessaires au palissage dégradant rapidement le crépi, l'opération doit être renouvelée souvent. Le plâtre vient des carrières situées à l'emplacement des parcs des Beaumonts et des Guilands, il est souvent cuit sur place dans des fours à bois, ce qui explique la présence de morceaux de charbon encore visible dans l'enduit. Pour protéger les arbres des gelées et de la pluie, des paillassons étaient liés par des liens en osier sur des supports en fer scellés en haut des murs. La technique de culture montreuilloise est celle du pallissage "à la loque", bande d'étoffe qui maintient la branche sans la blesser et qui est fixée au mur par des clous forgés dans les Ardennes. La taille "à la Montreuil" donne aux pêchers une forme en éventail. 

Ce dédale de murs pour mieux piéger la chaleur
Une carte postale en couleur donne une idée du labyrinthe de murs
On distingue bien qu'il y a un ou deux arbres au carré par chaque "cellule" entourée de murs
Les maisons au milieux des clos sont celles des horticulteurs

Un travail minutieux

Un ouvrier palisse un pêcher avec des pointes et des cavaliers sur le mur en pisé
Plan d'ensemble sur les murs palissés
Une pépinière avec des fruits ensachés
Chaque fruit est ensaché pour qu'aucun insecte ne puisse l'abimer et finir sa maturité jusqu'à la cueillette
Aux diverses opérations d'ébourgeonnement, d'effeuillage et de cueillette, les montreuillois ajoutent le tatouage des pêches qui consiste à fixer sur les fruits avant leur maturation des dessins découpés dans du papier, grâce auxquels le soleil dessinera ensuite des figurines, les armoiries des souverains, voire leur portrait. La culture des pommes et des poires à partir de 1880, donne lieu à la pratique de l'ensachage. 
La tradition se perpétuait de génération en génération

Concours de fruits

Un étal dans un concours de fruits

Une présentation à un concours de fruits

Concours de fruits et légumes

Récoltes et ventes

Cueillette des pèches
Retour de récolte
Les fruits sont vendus directement et une partie est proposée aux halls de Paris où se trouve le "carreau de Montreuil".

Le début des problèmes

La pression de l'industrialisation et de l'urbanisme gagnait de plus en plus les jardins que l'on aperçoit au fond à gauche

Une usine vient écraser un un peu de patrimoine

Etat du patrimoine à ce jour

Hélas il ne reste que des vestiges. Plus aucun professionnel ne travaille ainsi.
Ce qu'il reste, c'est à dire très peu de tout un patrimoine
Le quartier Saint-Antoine est resté jusqu'à aujourd'hui consacré à la culture maraîchère, fruitière et florale et les murs à pêches y occupent encore une surface de presque 40 ha.

Sources

http://www.montreuil.fr/la-ville/histoire-de-la-ville/histoire-des-murs-a-peches/
http://www.ediblegeography.com/solar-peach-walls/
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About Pierre1911

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1 commentaires :

  1. https://www.franceculture.fr/emissions/une-histoire-particuliere-un-recit-documentaire-en-deux-parties/dans-mon-jardin

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