aquaponie: témoignage de Thierry et de son installation

Thierry m'a fait l'immense joie et honneur de me présenter son installation aquaponique qu'il avait réalisé l'année dernière.
Thierry est un jeune retraité qui démarre ses journées à 5h du matin et dont la vie est toujours bien remplie. Ancien travailleur indépendant de la restauration, il ne compte pas ses heures et il a gardé le goût de l'effort se son ex métier. Il habite dans la région de Nantes.

Le système aquaponique de Thierry

Thierry n'est pas un novice quand il décide de se lancer dans l'aquaponie. Il a derrière lui de nombreuses années de jardinage traditionnel. Il l'écrit très bien lui même "J'ai jardiné a l’ancienne pendant de nombreuses années ,jusqu'au jours où j'ai pris conscience, grâce à internet, que je faisais fausse route"

Thierry démarre son projet aquaponique après de phase de recherche documentaire sur internet. Pour cela il utilise une serre tunnel simple paroi de 32m2 (8x4).
Voici ci dessous une vue d'ensemble extérieure de son installation.
A noter que la forme de la serre est gothique, c'est à dire que les cotés sont relativement droits ce qui assure une hauteur plus importante que les serres en arc. C'est un choix judicieux quand on possède peu de place, le ratio surface de travail/surface d'encombrement étant meilleur que les serres avec arceaux en arc de cercle.

Thierry enterre 3 IBC qui servent de tampon/accumulateur thermique. Le principe comme toutes les installation passive, consiste à accumuler de la chaleur la journée pour la rendre la nuit. Si vous souhaitez vous un montage exemplaire sur le sujet je vous invite à vous rendre sur ce post "Ma serre solaire passive"du forum APPER (lien) en attendant un article je l'espère ici sur cette installation. Pour en revenir à l'installation de Thierry, le troisième IBC sert d’écoulement, les eaux des tables viennent se vider dedans, la pompe de relevage installée dans celui ci .

Tout est éco construit à partir de matériaux de récupération

Thierry récupère des mannequins utilisés par les poseurs de fenêtres et de baies dont il tire le bois comme matériaux de recyclage. Photo des mannequins ci dessous.

Les tables sont contingües font autour de 35cm de hauteur 1m20 de large sur 7m de long et séparées en 3. Ce qui fait une surface brute de culture de 7m2, ce qui est tout à fait honorable pour débuter. La largeur d'1m2 n'a pas été choisie par hasard, c'est la distance maximale que l'on peut atteindre pour un Homme de stature moyenne sans se pencher dangereusement. A noter que sur des tables hautes, il est beaucoup plus facile d'atteindre le fond des bacs que lorsque l'on travaille plus bas. Ceci étant aussi un élément d'appréciation sur la réflexion et les recherches que Thierry a fait en amont de sa construction.

Les tables sont doublées d'une bâche epdm avec siphon cloche pour deux d'entre elles, celles qui reçoivent les cultures plantées dans les billes (les deux du fond) et celle du premier plan est équipée d'un trop plein. Ce premier volume sert à la culture sur radeau que l'on voit dans les photos plus bas. Les deux autres sont remplies de billes d'argile. Thierry a essuyé quelques déboires au sujet des billes qui mettent de nombreux mois à chasser tout l'air dont elles remplies. Il en résulte une flottabilité de certaines billes qui mettent des mois à couler, c'est à dire à évacuer l'air au profit de l'eau*. Les billes qui flottaient venaient coincer le système de siphon. Thierry a remédié à cela en fabricant un barrage à l'aide d'un seau dont il n'a conservé que le tube (fond découpé) par dessus.

La filtration mécanique est assurée par une pompe de 8 000L/heure qui remonte en bout de ligne l'eau dans le bac d'élevage. Deux bidons font office de filtre bactériologiques, système classique et efficace, en utilisant de la mousse (en bleu sur un plan vertical) comme crible. Une planche de perlon assure le dernier niveau de filtration mécanique/bactériologique. Thierry estime avoir sur-dimensionné sa pompe et qu'une 5 000l/h aurait suffit, ce qui et en terme d'équipement et de facture énergétique aurait fait baisser la note.
Sur la photo les tuyaux verts sortent d'une boite garnie de mousse où se trouve la pompe à air. Ce montage n'est pas le définitif, Thierry ayant pris soin de ranger tous ces tuyaux par la suite (on notera le soucis du détail et d'avoir un espace de travail très bien rangé) .

Pour des raisons d'encombrement dans la serre mais surtout de surchauffe, Thierry opte pour mettre la cuve des poissons à l'extérieur dans un autre IBC de 1 000L. Cette cuve est isolée avec du polystyrène de 50 mm. Le parement est assuré par des volets récupérés. Encore de la récupération et de la construction avec du recyclage, pour un résultat esthétique vraiment très abouti!
Attention toute fois avec le polystyrène surtout en extérieur, car c'est un nichoir pour les rongeurs qu'ils adorent et n'hésitent pas percer pour y vivre. Il convient d'être très méticuleux dans la construction pour qu'aucun interstice plus petit qu'une noisette ne leur permettent de rentrer.

En conclusion pour la construction, une installation très propre, très bien finie, des choix techniques judicieux et qui normalement fonctionnent, difficile de faire mieux pour un premier jet.

Les premiers résultats sont encourageants. Les salades poussent sur un système de radeau avec des plaques de styrodur, un système classique en aquaponie. Les couleurs attestent que les plantes se portent bien, pas de carence en fer, les feuilles sont bien découpées, pas de pointes noires signe de carence en calcium... Tout roule et plutôt bien.

Les racines sont longues abondantes et drues, autre critère qui attestent que le système fonctionne bien.
Son système est rodé, le pic d'ammoniac étant passé (lien), Thierry ajoute les poissons. Il achète une trentaine de gardons et une dizaine de tanches, nourris avec une farine fourni par le pisciculteur. Il en fait des boulettes avec de l'eau et des biscottes (pour le liant) et aussi une préparation maison de pattes, maïs ,lentilles conservé au congélateur (photo?).**
Seulement voilà, les ennuis commencent: Thierry est envahi de moustiques. Son installation étant juste à coté de son domicile, une maison individuelle sise sur un terrain de 950m2 et dans une zone pavillonnaire le problème n'est pas simple, puisqu'il dépasse ses propres limites. Contrairement à ce que tout le monde aurait pu supposer, les poissons n'endiguent pas le problème, alors qu'en temps normal ils raffolent des larves et des moustiques (données que l'on peut considérer universelle et vraie dans le cas présent ndlr les espèces introduites). L'invasion perdure.
L'investissement en temps ayant été énorme, les objectifs et les attentes n'étant pas atteint, Thierry ne supporte pas la situation: "Après tant de temps passé a mettre en place, que se soit dans la conception, les réglages, les recherches et aussi les sites qui promettent le partage d'expériences mais qui au final ont toujours quelque chose à vendre... Si bien que j'ai tout bazardé pour me consacrer pleinement au potager en permaculture qui me procure infiniment plus de plaisir."
Cet été il démonte tout et revend son matériel. A ce jour il cherche à vendre son lot de billes. Si vous êtes intéressé contactez moi (lien) je lui donnerai vos coordonnées.

L'expérience aquaponique de Thierry VS la notre

Nous n'avons pas du tout été aussi loin que Thierry dans notre système aquaponique, puisque nous n'avons fait qu'un système outdoor non protégé. Cependant nous partageons exactement le même point de vue.
Contrairement à ce que la communauté aquaponique veut faire croire, cette technique n'est ni universelle, ni elle ne garantit un résultat. Comme nous l'avons expliqué dans d'autres articles la couverture fonctionnelle de l'aquaponie dépend de circonstances très particulières et est une solution pertinente que sur une minorité de cas.
Que pour un novice où une personne expérimentée, la production maraichère à l'aide te techniques s'inspirant de la permaculture de l'agroécologie, donnent de bien meilleurs résultats, sans investissements aussi lourds. Seule la production de protéine animale n'est pas assurée par ces deux techniques qui concurrencent pas ni ne répondent à ce point par rapport à l'aquaponie. Mais l'aquaponie nécessite des entrants supplémentaires pour nourrir les poissons. Nous détaillerons précisément tous ces points comparaison dans un futur article en cours de construction.

Transformation de la serre aquaponique en serre de maraîchage avec des techniques permaculturelles

Thierry écrit:"
Il me parait intéressant d'expliquer comment je gère l'après aquaponie. Suite au chamboulement qu'a subit le terrain avec mon installation, il a bien fallu tout remettre ça en ordre. Tout d’abord, j'ai rapporté de la terre d'extérieur, car la terre extraite (sic pour enterrer les IBC) a été utilisée sur les butes du potager. Puis j'ai ajouté 10 bons cm de terreau. Ensuite j'ai semé un semis d'engrais verts, moutarde, phacélie, fève, etc...
La photo du dessous date du 28 décembre, on voit le résultat, la moutarde a pris le dessus avec des tiges de plus de 2m de haut! 

Tout a été coupé en laissant les racines en place, ensuite 15 CM de feuilles mortes,

puis 15 CM de foin est venu recouvrir l'ensemble.
Y'a plus qu'à laisser travailler la nature pendant quelques mois!"

Que fait Thierry aujourd'hui?

Et bien il jardine et l expérimente toujours! Dernièrement il teste une technique de butte en paille, sous la forme de bottes qui lui permettent de maintenir un mélange de matières organiques. "Je viens aussi de mettre en place une culture sur bottes de paille de 10 m sur 1.30 m adossé à un mur ,espacées de 20 cm et comblées avec un mélange de feuilles mortes, de crottin de cheval, de tonte et de paille. J’attends avec impatience les premières plantations et je crois que cela s'annonce bien"

Remerciements

Je remercie encore une fois Thierry pour son trvail, la confiance qu'il me témoigne en me fournissant toutes ces précieuses données, le temps qu'il m'a consacré pour m'envoyer les informations et échanger avec moi.
Si comme Thierry vous souhaitez que je parle de votre installation, de votre travail, vos réflexions, vos idées, contactez moi sur la page contact (lien)

Thierry nous attendons avec impatience la suite de ton témoignage et tes photos, si tu veux bien nous faire l'honneur de partager encore tes expériences.



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* Nous avons eu le même problème auquel nous avons remédié en mettant les billes dans des sacs à pomme de terre que nous avions lesté de parpaing par dessus et laissé ainsi sous l'eau pendant une semaine.  On peut tout à fait réaliser la même chose en laissant les billes dans les sacs en plastique d'origine que l'on perce à plein d'endroit. Toute fois nous avons remarqué qu'un brassage régulier des billes permet d'obtenir un meilleur résultat et beaucoup plus rapidement. Pour les plus petites quantités on peut obtenir un résultat très rapide mais assez fastidieux en replissant le corps d'un filtre extérieur d'aquariophilie avec les billes et en le laissant tourner 48h.

** concernant la nourriture congelée donnée au poisson, nous sommes prudent sur cette technique, car il faut absolument décongeler avant de donner au poisson. Sinon il y a de gros risques pour les poissons aient leur système digestif endommagé, brulé par le froid. Une expérience que nous tirons de nos années d'expérience en élevage. Cependant, il faut que le produit congelé, donc décongelé se tienne encore un minimum, ce qui n'est pas toujours facile d'obtenir. L'agar agar semble être une piste à suivre.
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