Réacteur Jean PAIN V1: autopsie

Le réacteur Jean PAIN de 20m3 que nous avions construit et qui nous a permis de nous chauffer (lien), est démonté pour être intégré au jardin. Quel bonheur de pouvoir jouir de toute cet or vert devenu brun. Les plantes adorent, tous les repiquages et les mises en terre se font dans ce compost fantastique.

Plants de haricots butés avec du compost du réacteur Jean PAIN et paillé avec la partie du réacteur non dégradée


Même principe que la photo précédente sur les framboisiers plantés dans une raie de compost et paillé par dessus. Pour les besoins de la photo une partie du paillage a été enlevé pour qu'apparaisse le compost ce qui a découvert le système d'irrigation (vert tuyaux temporaire à retirer et noir goutte à goutte définitif)

Voici une vidéo de ce que l'on trouve dans le réacteur une fois celui-ci "consumé".

Conclusion de cette expérience

Tout notre travail d'autonomie énergétique et alimentaire repose sur une chaîne globale. C'est à dire d'interconnecter des systèmes et procédés les uns avec les autres pour faire un tout, un tout qui fonctionne en lien multiples et intègre l'humain. Le réacteur Jean PAIN est un sous ensemble de ce système qui fait la promotion de ce concept de chaîne. Pour beaucoup le réacteur Jean PAIN est un moyen de se chauffer écologiquement. Or nous constatons que le rapport investissement sur gain sur ce point est très médiocre. Il faut un quantité monstre de travail, de moyens, pour obtenir un résultat plus ou moins stable à faible rendement, c'est le premier point de cette conclusion. Ces mots vont peut être décevoir beaucoup de lecteurs, mais c'est une vérité, basée sur des faits. C'est le bilan du réacteur pour la production d'énergie.

Second point et pas des moindres, le réacteur Jean PAIN demande beaucoup de moyens humains et techniques. La mécanisation est obligatoire et elle ne se borne pas à l'achat d'un gros broyeur. Il faut de quoi transporter la matière sur un plan horizontal et vertical! Un tracteur, un tractopelle, (...) un engin qui pour cette action nous éloigne de la frugalité énergétique et des moyens mécaniques. Mais le rendement du réacteur étant exponentiel par rapport à sa taille, en dessous de 20m3, il y a trop de zones de déperdition (voir chapitre *). 20m3 étant déjà un calvaire à la main, je n'ose pas imaginer 80m3!

Troisième point, le trempage du bois. Je revoie les lecteurs à la vidéo du dessus où très clairement une partie du réacteur n'a ni produit de la chaleur, ni n'a dégradé la matière de manière sensible. Pourtant en amont, j'avais opté pour une solution ultra couteuse en temps et énergie: le trempage du bois dans des tonneaux, bois conditionné dans des sacs à pomme de terre. Voici une vidéo de l'opération de sortie du bois des tonneaux. Une vraie partie de plaisir!

Malgré cette précaution ayant engendré un travail de forçat, le bois tout autour du réacteur a séché.
La débauche de moyens continue puisqu'il me faut 800 fûts de 200 litres (remplis pour moitié de bois et l'autre d'eau pour stocker et monter le réacteur de 80m3.
Voici 150 des 800 fûts nécessaires. En 3 ans, j'ai réussi à en rassembler 600 tonneaux de toutes tailles (>=200 litres) mais souhaite standardiser les formes et les dimensions pour fabriquer un moyen de levage mécanique. Donc beaucoup de travail en perspective pour homogénéiser le parc, construire le re-tourneur ascenseur à tonneau.
La photo et les chiffres parlent d'eux même. La facture énergie + esthétique pèsent très lourd. Même si tous ces tonneaux sont du recyclage, autant de plastique dans un jardin typé permaculture, cela fait un peu tâche. Des IBC (1 000 litres bruts) seraient tout aussi disgracieux et impossible à manoeuvrer.
Pour couper court à tous les potentiels commentaires "yaka", avec l'omniprésence de la roche et en zone agricole pas possible de construire une "piscine" pour tremper le bois. Le principe d'arroser seulement le broya ne fonctionne pas. Ne maitrisant pas les essences de bois, le délais et la saison de l'extraction de la matière verte il est quasiment impossible de faire autrement qu'avec les tonneaux. Ces contraintes Jean PAIN ne connaissaient pas car il sélectionnait des essences de type Buis/broussailles qui sont tout le temps en sève, il était autonome sur l'extraction comme le broyage et pour couronner le tout une mare était à sa disposition pour tremper le bois.

Mais alors, est-ce un échec?

Du tout: si l'on considère le réacteur Jean PAIN dans sa globalité depuis sa source de conception jusqu'à sa réutilisation, alors là, le procédé est absolument génial. En effet, c'est un exutoire à déchets verts qui s'entassent inlassablement dans les déchèteries dans des quantité monstre. C'est un procédé qui permet d'obtenir un peu de chaleur. Mais surtout c'est un producteur de matière compostée dont les plantes raffolent et qui permet aussi de pailler en masse pour toute la matière externe qui n'est pas décomposée, mais qui est colonisée par des champignons et donc dégradable/assimilable par le sol!

Donc pour résumer un réacteur Jean PAIN pour un particulier qui ne possède pas des moyens professionnels de type paysagiste, exploitant agricole (...) est une hérésie comme source de chaleur. Dès que l'on s'éloigne du modèle solo, d'une application stricte thermiqueque l'on ajoute de la mutualisation de moyens, que l'approvisionnement est massif et/ou délégué, que le réacteur est intégré dans une chaîne, alors là oui avec ce ou ces changements d'échelle l'interêt croit de façon exponentielle.

La suite?

Nous avions annoncé que nous allions construire un réacteur de 80m3 (lien). Nous rencontrons une difficulté à la réalisation de ce nouveau projet. 

Nous sommes sponsorisés par la communauté de commune où nous résidons, qui a demandé à son prestataire de service qui s'occupe des déchets verts de nous fournir. Cette nouvelle nous enchante, car nous sommes dédouanés du broyage qui est un énorme travail et nécessite des moyens conséquents. Mais le prestataire utilise des bennes de 40m3 pour transporter le broyage. Or la pente de notre terrain ne permet pas que la benne puisse être levée sans risque de faire coucher le convoi. C'est un énorme tracteur affublé d'une benne dont le tout mesure presque 20m de long. Un terrassier est venu faire un devis pour créer la plateforme nécessaire au déchargement + la fouille pour poser ne nouveau raccordement + la partie stabilisée sous le réacteur. Le devis total explose le budget escompté. La roche étant partout ici (nous le vivons tous les jours dans le potager sise sur le même terrain), le devis n'est pas à remettre en cause.

Comme nous l'avons dit juste au dessus, nous rencontrons de grosses difficultés pour le potager avec le nouveau terrain attenant à la maison. La roche est partout nous avons de nombreux endroits où il y a moins de 10 cm de terre. Les cailloux pullulent. Nous sommes dans l'obligation de remonter le niveau du terrain. Les buttes de cultures ou les apports de terre sont obligatoires sur de nombreuses zones. Le réacteur Jean PAIN est une solution qui permet de palier à ce problème.

Nous avons d'autres projets autour du réacteur Jean PAIN. La production de méthane avec une pico-installation, la production de champignons et la production d'insectes. C'est dire si notre intérêt pour cette solution n'a pas faibli et que notre motivation reste grande.

Nous cherchons une solution pour contourner ce problème majeur car nous souhaitons ré-itérer ces expériences. 

*

Certaines expériences sont et ont été menées sur des tas de petites tailles (20m3 ou moins) avec des un calorifugeage extérieur et de l'air pulsée dans la partie inférieure. J'attends de voir quels chiffres de puissance sont objectivement relevés et la quantité de moyens rajoutés ainsi que la quantité d'énergie consommée (électricité pour insuffler l'air). C'est uniquement avec ces chiffres que nous pourrons dire si les "petits" réacteurs peuvent être aussi performants que les gros.
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